la biologie de papy - 02








HISTOIRE DE LA BIOLOGIE
MODERNE, 1992

Un ensemble de connaissances devient science dans la mesure où
l'on est capable d'établir des relations entre ces connaissances.
Une science devient science exacte dans la mesure où ces
mêmes relations débouchent sur des relations
d'équilibre au sens étroit du mot...




Le document dont je vous ai parlé s'intitule "Histoire de la biologie moderne". Je le place en début de ce travail tout comme les commentaires qu'ont bien voulu en faire voici quelques années certains de ses premiers lecteurs. Parce que c'est leur lecture qui m'a en fin de compte conduite à accepter la proposition de Papy. Parce que je pense aussi que c'est une excellente introduction à ce qui va suivre. Bonne lecture.



LE  DOCUMENT QUE M'A REMIS PAPY.


1. La biologie est une science. Elle peut se définir comme l'ensemble des connaissances acquises par l'homme dans un domaine déterminé. Elle est donc partie d'un niveau de connaissance "zéro" pour s'orienter vers une sorte de connaissance "absolue"... et se situe aujourd'hui quelque part sur le long et difficile chemin qui mène à cette connaissance.

2. Cette science s'intéresse à l'étude des êtres vivants. Les êtres vivants sont constitués de cellules. Et le chemin qui mène à cette connaissance passe obligatoirement ici par les étapes suivantes:
- la découverte de l'existence des cellules,
- la compréhension du fonctionnement des cellules,
- la compréhension du fonctionnement de l'organisme,
- les notions de santé et de maladie,
- les différents types de maladies, etc

3. Les choses doivent se passer dans l'ordre évoqué ci-dessus puisqu'on voit mal comment on pourrait comprendre le fonctionnement des cellules sans avoir pris conscience de leur existence, comment on pourrait comprendre le fonctionnement de l'organisme (ensemble de cellules possédant toutes le même noyau) sans avoir compris le fonctionnement des cellules, etc.

4. L'idée qu'on se fait du fonctionnement des cellules va donc nécessairement conditionner en bonne partie toute l'approche qu'on peut avoir de la biologie. On voit mal par exemple comment un professeur de biologie pourrait dispenser un enseignement qui tienne véritablement la route, ou comment un chercheur travaillant sur le cancer pourrait être vraiment efficace dans ses recherches, si l'idée qu'ils se font au départ du fonctionnement des cellules est par trop lacunaire ou éloignée de la réalité.

5. En bonne logique, et sans être grand spécialiste en la matière, on peut donc penser que nos savants, qu'ils soient chercheurs ou enseignants, font tout ce qui est en leur pouvoir pour comprendre ce qui se passe réellement dans les cellules. C'est dans ce contexte qu'il faudra envisager la petite histoire que voici.



6. En 1958, le général de Gaulle est rappelé au pouvoir. A l'automne 62, les problèmes les plus urgents étant réglés (la France est dotée d'une nouvelle constitution et l'Algérie est devenue indépendante en juillet), il peut enfin mettre en oeuvre la politique dont il rêve pour la France.. politique caractérisée sur le plan intérieur par un ambitieux programme d'industrialisation et de recherche.

7. Dans le domaine de la recherche, cette politique va se traduire par l'octroi de crédits importants, qui vont par exemple permettre au laboratoire de physiopathologie végétale de l'INRA à Dijon de voir ses effectifs passer de neuf en 1964 à vingt-sept en 1968, et de s'installer dans des locaux entièrement neufs et complètement équipés.

8. Mais cette politique est une politique à long terme, et elle coûte cher. Pour qu'elle ait une chance de réussir, il faut qu'elle obtienne l'adhésion des français. Et le Général se dit que, dans l'idéal, il faudrait maintenant que la France se voie décerner un prix Nobel dans le domaine scientifique, un prix Nobel auquel il faudrait bien évidemment donner le retentissement qu'il mérite. Il dépêche donc un émissaire à Stockholm pour expliquer la situation... Quant au message, il semble avoir été entendu puisque, à l'automne 1965, trois chercheurs de l'Institut Pasteur reçoivent le prix Nobel de médecine et de physiologie pour les travaux qu'ils ont réalisés dans le domaine particulièrement complexe de la régulation des gènes.

9. Ces travaux mettent en évidence toute une série de structures et de phénomènes dont personne n'avait jusqu'ici imaginé l'existence : opérons, opérateurs, gènes et protéines répresseurs, complexes opérateurs/répresseurs, complexes opérateurs/inducteurs, etc. Toutes découvertes donnant à penser que le temps n'est plus très éloigné où l'on pourra enfin comprendre ce qui se passe vraiment dans les cellules. Avec les retombées que l'on peut imaginer en ce qui concerne le fonctionnement de l'organisme, les notions de santé et de maladie, la lutte contre le cancer, etc. Une biologie nouvelle est née, porteuse d'immenses espérances: la biologie moléculaire.

10. L'accueil qui va dès lors être réservé à ce prix Nobel par la France tout entière sera à la hauteur de l'événement. Comme il est dit récemment dans GEO : "En 1965, trois savants français entrent dans la légende pour avoir percé le mystère de la régulation des gènes". Le plan du Général a réussi au delà de toute espérance. Le train est sur les rails. Aux scientifiques maintenant de montrer de quoi ils sont capables. "Nous n'avons pas besoin de chercheurs, dira le Général en 1967, nous avons besoin de gens qui trouvent".



11. Au début des années 1970, tout semble aller pour le mieux dans le laboratoire de physiopathologie évoqué précédemment. Certains travaux notamment, qui visent à étudier le mode d'action des hormones végétales dans le cas des relations hôte/parasite, montrent à l'évidence :
- que les hormones, ou plus précisément certaines hormones, jouent un rôle essentiel dans les phénomènes de régulation cellulaire,
- que les notions d'équilibre et de régulation sont deux aspects d'un même problème (l'évolution des plantes est directement liée à l'évolution d'un équilibre hormonal bien précis),
- que tout en biologie se ramène en fin de compte à une question d'équilibre au sens étroit du mot.

12. Un seul petit problème: ces conclusions n'ont pas grand-chose à voir avec celles qui ont été évoquées précédemment, et qui ont tant fait pour le renom de la science française. Et l'accueil qui va leur être réservé sera pour le moins mitigé:
- soit que les scientifiques appelés à donner leur avis avant publication les considèrent comme fausses, le récent prix Nobel attribué à la France le démontrant avec suffisamment de clarté,
- soit qu'ils considèrent qu'elles peuvent très bien correspondre à la réalité, qu'elles arrivent simplement dix ans trop tard ou dix ans trop tôt, et que leur publication est pour l'heure impensable: on ne s'attaque pas ainsi à une légende.

13. Résultat à court terme: A la demande du directeur du laboratoire, le directeur général de l'INRA va décider de mettre une sourdine à ces travaux, et le chercheur qui les a réalisés (il faut dire qu'il n'apprécie guère cette façon de voir) sera même licencié pour un motif dont il ne peut discuter: "le contrat signé avait permis de réaliser l'ensemble des travaux intéressant respectivement les deux parties".

14. Situation actuelle: Les semaines, les mois, les années ont passé. Cette idée que les hormones jouent un rôle dans le contrôle de l'activité des gènes fait lentement son chemin dans les esprits. Dans tout lycée ou faculté qui se respecte, on continue cependant à enseigner ces autres explications entrées dans la légende. Et chacun tente à sa manière de concilier aussi agréablement que possible toutes ces données hétéroclites..., le résultat final s'apparentant bien davantage à une espèce de salade qu'à une véritable synthèse.

15. Vues d'avenir: A ce rythme, on peut imaginer que dans vingt, trente ou quarante ans, on finira par comprendre que vouloir à tout prix ménager la chèvre et le chou ne mène pas à grand-chose, et que, revenant à cette idée que les notions d'équilibre et de régulation sont deux aspects d'un même problème, on pourra enfin s'attaquer avec succès à nombre de ces problèmes qui coûtent si cher au contribuable tout en lui empoisonnant la vie: le cancer par exemple. Pauvre Général, est-ce bien de cela qu'il rêvait pour la France?



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