la biologie de papy - 16








LE PRINCIPE DE PETER

Le 31 mars 1971, le directeur de l'INRA met fin au contrat de Papy, au
motif que le dit contrat a permis de réaliser l'ensemble des travaux
intéressant les deux parties. En clair: Papy a trouvé!




Le 31 mars 1971, le directeur général de l'INRA met donc fin au contrat de Papy, sur papier avec en-tête de la République, et pour ce motif que le dit contrat a permis de réaliser à cette date du 31 mars 1971 l'ensemble des travaux intéressant les deux parties... Quelques mois plus tard, le 31 décembre très exactement, il part en retraite.


Le 8 mars 1972... Papy.

Monsieur le Directeur général,
" Chercheur contractuel à l'INRA, j'ai été licencié par votre prédécesseur à la date du 31 mars 1971 pour avoir réalisé à cette date l'ensemble des travaux intéressant respectivement les deux parties (en clair, pour avoir trouvé). Décision prise dans les circonstances évoquées dans le dossier ci-joint, et à laquelle je ne suis pas opposé, le motif invoqué correspondant assez bien à la réalité.
" Ceci dit, mon contrat prenait normalement fin le 31 décembre 1973, et cette décision impliquait une économie d'environ trois ans sur l'ensemble des travaux qui m'étaient confiés..., économie essentiellement due à mes grandes compétence et conscience professionnelle. A l'heure de la participation, l'INRA, décidant de me licencier pour ce motif, devait donc me verser de plein droit au moins le solde du salaire et des primes que j'aurais touchés si, compétent selon les normes requises, j'avais utilisé tout le temps initialement prévu pour mener ces travaux à bonne fin. La République française faisant encore une économie de trois ans sur les charges sociales, l'équipement et le fonctionnement, une solution de ce genre relevait de la simple décence.
" Seulement voilà: votre prédécesseur s'est refusé à toute discussion sur le sujet. Je serai donc heureux de vous rencontrer (votre date sera la mienne), afin d'envisager une solution à cette affaire.


Le 16 mars 1972... Le directeur du laboratoire

Monsieur,
" Je reçois ce jour une lettre de l'Institut de Recherches pour les Huiles et Oligéagineux me demandant, suite à la candidature que vous avez posée dans cet établissement, mes appréciations sur votre personne. Je tiens à vous préciser que le ton et le contenu de votre lettre du 8 mars à Monsieur le Directeur Général de l'INRA m'obligeront à émettre certaines réserves.


Le 21 mars 1972... Le tout nouveau directeur général de l'INRA.

Monsieur,
" Par lettre citée en référence, vous m'avez demandé de bien vouloir vous accorder un entretien au sujet du problème qui, selon vous, se trouve soulevé par votre licenciement à la date du 31 mars 1971.
" Vous estimez en effet que l'INRA vous ayant licencié à cette date doit vous verser le solde du salaire et des primes que vous auriez légalement touchés si, au lieu d'achever vos travaux prématurément, vous ne les aviez terminés que pour le 31 décembre 1973, date à laquelle prenait normalement fin votre contrat.
" J'ai le regret de vous faire connaître que l'INRA vous a versé tout ce à quoi vous pouviez prétendre jusqu'au 31 mars 1971, et ne vous doit rien au-delà de cette date puisque vous ne faisiez plus partie du personnel. Je vous rappelle que l'une ou l'autre des parties pouvait dénoncer le contrat à tout moment sous réserve d'un préavis de deux mois (cf. article 7 du contrat). Cette disposition a été respectée puisque la décision mettant fin à votre contrat a été notifiée le 11 janvier 1971.
" Dans ces conditions, je crois un entretien inutile et vous prie, Monsieur, d'agréer mes salutations distinguées.


Le 17 mai 1972... Papy

Monsieur le Directeur Général,
" En réponse à votre lettre citée en référence, je vous informe du fait que je serai à Paris la semaine prochaine, et qu'à cette occasion je vous téléphonerai, pour tenter d'obtenir l'entretien que je vous ai inutilement demandé.
" En effet, si intéressante que soit votre façon de voir, elle fait pourtant abstraction d'un détail qui a son importance. La politique à suivre en matière de sélection des chercheurs a en effet été clairement définie en ces termes: "Nous n'avons pas besoin de chercheurs, nous avons besoin de gens qui trouvent" (Monsieur le Président de la République, 1967). Il est donc impossible que votre prédécesseur, directeur général d'un institut d'Etat, ait pu me licencier pour avoir trouvé sans commettre une faute professionnelle:
" - faute professionnelle qui explique ce fait que ni mon contrat, ni les statuts, ni les lois existantes ne prévoient l'indemnisation à laquelle le simple bon sens veut que je puisse prétendre,....
" - faute professionnelle pour le moins curieuse dans la mesure où l'on avait d'autres motifs de me licencier. Le directeur du laboratoire de physiopathologie me reprochait surtout de ne pas comprendre qu'on vit dans un système où il y a des grands et des petits, et dans lequel les petits doivent savoir s'écraser (c'est ainsi qu'il définit les systèmes hiérarchisés). Pourquoi dans ces conditions ne m'a-t-on pas licencié pour ce motif, et fait passer en conseil de discipline comme le prévoyaient les statuts?
" Dans ce contexte, la lettre que ce monsieur m'a adressée en date du 16 mars et dont je vous envoie copie ci-joint prend une dimension particulière dont il est nécessaire que nous discutions. Dans l'attente de notre prochaine rencontre, etc.


Le mercredi suivant... Rendez-vous est pris pour midi. A midi trente, Papy attend toujours devant la porte. Et lorsqu'elle s'ouvre enfin, c'est le chef du personnel qui le reçoit, Monsieur le Directeur Général étant très occupé...

" Le chef du personnel est un juriste. C'est lui qui a rédigé la littérature évoquée ci-dessus, et il tient à se justifier, en expliquant et réexpliquant son point de vue... Ce qui n'est pas fait pour arranger les choses, la longue station que Papy a fait devant la porte ne l'ayant pas mis véritablement de bonne humeur.
" Quoi qu'il en soit, au bout d'une demi-heure, Papy dit à son interlocuteur: "En résumé, vous avez fait une erreur. Parlez-en donc à votre ministre de tutelle, pour qu'il vous autorise à régler le problème". Et le chef du personnel de répondre : "Vous savez, pour nous, le ministre de l'Agriculture, c'est la cinquième roue du char. Le ministre qui nous importe, c'est le ministre des Finances qui envoie des contrôleurs pour éplucher nos comptes. La seule chose que je puisse vous proposer, c'est un nouveau poste à l'INRA. Mais il vous faudra entrer par la petite porte". Mais cette proposition ne tente guère Papy. II sait ce qu'il voulait savoir. La République aussi. Et puis l'INRA, il connaît. L'entretien est terminé.



Et voilà notre Papy redevenu simple particulier (il sait qu'il ne retrouvera plus de poste dans la recherche) en possession de résultats à caractère scientifique dont il n'a plus l'usage. Pour qu'on ne lui reproche pas un jour d'avoir délibérément conservé pour lui des données pouvant faire avancer de nombreuses recherches, il va donc proposer aux ministres concernés (Enseignement, Recherche, Santé, Agriculture et Finances) de consacrer une, deux, voire trois semaines à la formation de scientifiques que cela pourrait intéresser. De jeunes scientifiques de préférence, les scientifiques chevronnés étant par trop embrigadés dans un système de pensée fumeux et déconnecté de la réalité. Pas gratuitement bien sûr: pour le franc symbolique, soit un franc par personne vivant en France..., une broutille au regard des économies pouvant être réalisées en recherches inutiles ou mal orientées, en générations d'étudiants formés à des théories farfelues, etc.
" Il n'obtiendra pas de réponses, mais il a fait ce qu'il pouvait, et sa conscience est maintenant tranquille. Après tout, on ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif.


PS. J'allais oublier: le "Principe de Peter" est un petit livre qui traite du comportement des gens dans les systèmes hiérarchisés, qu'on trouve dans toutes les bonnes librairies, et dont je vous recommande la lecture. J'en cite trois passages de mémoire:
- Tout personnage qui s'élève dans la hiérarchie peut un jour ou l'autre atteindre son niveau d'incompétence.
- Tout personnage ayant atteint son niveau d'incompétence peut un jour ou l'autre être atteint d'hypofifrophobie*.
- L'hypofifrophobie se soigne, la thérapeutique utilisée étant toujours la même: on licencie le sous-fifre qui est à l'origine du mal.

* hypofifrophobie = sorte de terreur maladive engendrée par la présence d'un sous-fifre trop compétent.



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