la biologie de papy - 17








CONCLUSION

La vie est une culotte dont les bretelles sont l'espérance...




Voici venu le temps de conclure. Ce n'est pas que je m'ennuie en votre compagnie, mais les meilleures choses ont une fin, et je ne vois pas bien ce que je pourrais ajouter à tout ça. Si ce n'est peut-être ces quelques remarques, en réponse aux questions posées par les personnes ayant commenté l'histoire de la biologie dont vous vous souvenez peut-être.



QUESTION N° 1

Qu'y a-t'il de si gênant dans la théorie de Papy pour déclancher des réactions aussi bizarres? A priori rien, si ce n'est le fait qu'elle arrive à un bien mauvais moment, pour la communauté scientifique en général et la science française en particulier. Je vais prendre un exemple: celui de l'expérience qui a donné à la biologie moléculaire ses lettres de noblesse et qui a tant fait pour le renom de la science française.

Une bactérie appelée Escherichia coli est cultivée sur un milieu contenant du glucose (un sucre simple qu'on rencontre partout), du lactose (un sucre de réserve, résultant de l'association d'une molécule de glucose et d'une molécule de galactose, qu'on trouve dans le lait), et différents sels minéraux. La bactérie connaît alors deux phases de croissance distinctes séparées par une période de latence, et l'on observe:
- qu'à la fin de la première période de croissance, le glucose a complètement disparu du milieu, la teneur en lactose restant quant à elle identique à la teneur de départ.
- que pendant la période de latence une enzyme synthétisée par la bactérie apparaît dans le milieu.
- qu'à la fin de la deuxième période de croissance le lactose à lui aussi disparu.

Les analyses réalisées montrent que cette enzyme n'est ni une cellulase, ni une lipase, ni une protéase, mais bien de la b-galactosidase, la seule enzyme existant dans la nature capable de décomposer le lactose en glucose et galactose... Et une question se pose, incontournable: comment se fait-il que cette bactérie, placée inopinément dans des conditions aussi particulières, se mette soudain à synthéthiser de la b-galactosidase, une enzyme qu'elle ne synthétise pas en temps normal, la seule enzyme capable de la tirer du piège qu'on lui a tendu?



Dans le cadre de la biologie de Papy, la réponse à cette question est une réponse de ce genre:

1. Le glucose épuisé, la bactérie ne dispose plus d'aucune source de C extérieure immédiatement assimilable. Sa croissance est stoppée. Elle a faim. Elle puise dans les réserves en sucres, graisses, protéines, qu'elle a constituées au cours de la première phase de croissance, alors que tout allait bien pour elle... D'où modication du milieu cellulaire (dénutrition), modification de l'activité enzymatique, modification de l'équilibre hormonal, modification de l'activité du noyau (caractérisée dans le cas présent par la synthèse de b-galactosidase), et reprise de la croissance.

2. Pour que cette expérience réussisse, il faut donc :
- recourir à une bactérie nommée E. coli. Une bactérie qui possède dans son génome un gène codant pour la b-galactosidase, inactif en temps normal mais qui entre en activité en cas de dénutrition,
- prévoir un milieu contenant une source de C immédiatement assimilable par cette bactérie (ici du glucose)..., en quantité assez faible pour que E. coli ne poursuive pas indéfiniment sa croissance,
- ne pas oublier enfin d'inclure dans ce milieu un peu de lactose. Ceci pour que, le glucose épuisé et notre amie tenaillée par la faim se mettant à synthétiser de la b-galactosidase, la croissance puisse reprendre... Faute de quoi cette expérience perdrait une bonne partie de son charme.



Et il faut bien comprendre qu'une telle interprétation n'aurait rien de bien gênant si elle ne remettait pas en cause cette autre explication entrée dans la légende..., explication qui, faisant abstraction de toutes les contingences bassement matérielles que nous venons d'évoquer, met en oeuvre un scénario bien différent que je vais tenter de vous expliquer. En simplifiant un peu, pour vous éviter des insomnies.

1. Chez E. coli, le gène codant pour la b-galactosidase est un gène réprimé. Réprimé parce que l'une des extrémités de sa double chaîne d'ADN est verrouillée, cadenassée par une protéine qu'on ne peut classer ni parmi les protéines de structure, ni parmi les protéines de réserve, ni parmi les enzymes: une "protéine répresseur".

2. Le glucose épuisé, la bactérie doit donc se procurer la clé du "cadenas" qui empêche le gène de s'exprimer. Ce qu'elle va faire de façon très simple, en ingérant quelques molécules de lactose présentes dans le milieu... Des molécules auxquelles elle ne s'était pas intéressée jusqu'ici et qui, témoignant de qualités insoupçonnées (on les considérait jusqu'alors comme de simples sucres de réserve), se dirigent vers le noyau, y pénètrent, y débusquent le gène codant pour la b-galactosidase, et neutralisent la protéine répresseur en formant avec elle un "complexe lactose/répresseur". Car la clé recherchée (elle est ici tout à la fois la clé du cadenas et la clé du problème) est tout bêtement le lactose.

3. Le gène maintenant "déréprimé" peut entrer en activité. Il se met à synthétiser de la b-galactosidase. D'où la présence de cette enzyme dans le milieu, la dégradation du lactose, et la possibilité pour E. coli de reprendre sa croissance.



Au fond, ce qu'il y a de gênant dans la théorie de Papy, c'est que, si elle est juste, ce scénario considéré comme l'un des plus beaux fleurons de la pensée moderne risque bien de s'écrouler comme un vulgaire château de cartes... Une éventualité que le monde scientifique ne semble pas près d'accepter aujourd'hui encore, comme en témoigne cette analyse faite en 1991 de la théorie de Papy par deux experts de la Commission des Communautés Européennes, à la demande du Président Delors:

" L'hypothèse générale de M. Papy n'est pas originale puisqu'il existe une abondante littérature concernant l'effet des auxines, des gibbérellines et d'autres hormones, seules ou en synergie, sur différents aspects de la physiologie des plantes. En outre, il est maintenant admis que l'effet des hormones passe par une activation/désactivation des gènes, principalement au niveau de la transcription.
" Sur le plan moléculaire, l'hypothèse selon laquelle les hormones interagiraient directement au niveau des régions AT et GC de l'ADN a le mérite d'être simple. Cependant, la nature ne suit pas la simplicité de la logique humaine et les approches moléculaires réalisées sur les plantes vont dans un sens tout différent. En effet, la régulation transcriptionnelle se fait grâce à des régions courtes localisées dans le promoteur, la séquence primaire de l'ADN et non simplement le rapport AT/GC jouant ici un rôle prépondérant. De plus, il est difficile d'imaginer une liaison directe et spécifique entre les hormones végétales qui sont de petites molédules et l'ADN dont la structure tertiaire manque de diversité pour offrir un site de liaison à haute affinité avec ces molécules. Au contraire, les résultats obtenus grâce aux approches moléculaires indiquent plutôt l'intervention de nombreux facteurs de régulation qui sont des protéines dont la structure complexe permet des liaisons à des sites spécifiques dee l'ADN. Les hormones devraient donc intervenir en amont de ces protéines de régulation. Des récepteurs se liant à certaines hormones ont d'ailleurs été isolés.
" Enfin, rappelons que les promoteurs de transcription de nombreux gènes de plante sont étudiés à la base près grâce à l'analyse in vivo de gènes dont les promoteurs ont été modifiés par mutagénèse dirigée. Ces approches étayent le modèle énoncé plus haut, et non celui de monsieur Papy.
" En conclusion, l'hypothèse de M. Papy n'est pas originale dans son concept général, semble peu réaliste au niveau du modèle moléculaire, et ne tient pas compte des données de la littérature récente.



QUESTION N° 2

Le général de Gaulle a t'il vraiment envoyé un émissaire à Stockholm pour demander que la France se voie décerner un prix Nobel dans le domaine scientifique? A vous de juger.


Le Nouvel Observateur, 28 mars 1996, soit 30 ans après les faits.

" En hiver 1966, de Gaulle est furieux. Les bombes atomiques classiques dont la France est dotée depuis 1960 ne seront bientôt plus crédibles, dépassées qu'elles sont par la bombe H que même les Chinois sont sur le point de réaliser... Et les scientifiques français piétinent: non pas qu'ils n'aient pas compris le principe général (ils le connaissent depuis longtemps), mais parce qu'ils n'arrivent pas à trouver le petit 'truc' indispensable au montage de l'engin.
" Pourtant, en avril 1968, VLB1, la bombe H la plus puissante que la France ait jamais construite, explose au-dessus de Fangatauga, un atoll de Polynésie. Que s'est-il réellement passé?
" Même si de Gaulle salue alors "un magnifique succès scientifique, industriel et technique, remporté pour l'indépendance et la sécurité de la France par l'élite de ses enfants", la véritable histoire de cette première bombe H paraît bien différente. C'est en effet grâce aux révélations d'un spécialiste anglais (l'Angleterre possède la bombe H depuis 1958) que les français ont réussi la mise au point de cet engin en un laps de temps aussi court. Il s'agit donc d'une banale histoire d'espionnage, et d'un des secrets d'Etat les mieux gardés de la Vème République.


La Vie, 10 août 1995, soit 50 ans après les faits.

" Dans la France occupée, aucune voix de la hiérarchie catholique ne s'est encore élevée pour s'opposer à la déportation des juifs. En 1942, Jules Géraud Saliège, archevêque de Toulouse, sera le premier à le faire.
" A la libération, le général de Gaulle comprend que le gouvernement provisoire de la France manque cruellement, parmi ses interlocuteurs, d'ecclésiastiques qui puissent symboliser l'esprit de la Résistance: une nouvelle unité nationale ne saurait se forger sans la participation de l'Eglise. Et il songe à Monseigneur Saliège qui, inconnu avant la guerre, jouit maintenant même en dehors de son diocèse d'une popularité et d'une autorité morale sans équivalent dans l'Eglise.
" Georges Bidault, ministre des Affaires étrangères, sollicite alors avec insistance auprès du Pape le chapeau de cardinal pour Monseigneur Saliège. Il finit par l'obtenir, bien que Pie XII soit indisposé par cet interventionnisme.


Laboratoire de physiopathologie végétale de l'INRA à Dijon, novembre 1965, soit quelques jours après les faits.

" Papy assiste à une conversation entre le directeur du laboratoire et un ses collègues. Le directeur fait partie des gens bien informés: il participe à de nombreuses commissions, passe en moyenne deux jours par semaine à Paris, et sait toujours deux ou trois semaines avant tout le monde que des crédits vont être débloqués dans le cadre de tel ou tel projet.
" Les deux compères s'amusent comme de petits fous en évoquant «la colère noire du Général apprenant que le prix Nobel de médecine et de physiologie vient d'être décerné aux scientifiques dont nous venons d'évoquer les découvertes. Il a paraît-il envoyé un émissaire à Stockholm pour demander que la France se voie décerner un prix Nobel dans le domaine scientifique. Il a même proposé une liste de noms. Mais les lauréats n'étant pas connus pour leurs faits de Résistance ne figuraient pas sur cette liste».
" Papy pense d'ailleurs que ce n'est pas un hasard si cette conversation a eu lieu en sa présence, le directeur du laboratoire souhaitant sans doute qu'il soit informé de l'anecdote sans pour autant la lui rapporter personnellement.



Et voilà, je vous quitte, définitivement cette fois. En vous remerciant de m'avoir suivie jusqu'ici. En espérant aussi vous avoir intéressés, amenés à vous poser des questions, et peut-être même convaincus. En espérant enfin que vous interviendrez nombreux auprès des autorités compétentes pour que la "Biologie de Papy", et pourquoi pas le "Principe de Peter", soient introduits dans les programmes scolaires. La vie est une culotte dont les bretelles sont l'espérance, et je suis intéressée aux bénéfices...


Nous sommes le 27 octobre 2000. Il est presque minuit. Je vais me coucher. Bonne nuit à tous.



Joséphine.




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