Pour vérifier tout ça, Papy propose de s’y prendre comme suit: Une série de plantes jeunes seront sélectionnées: il faut qu’elles aient le même génome, le même âge, le même état physiologique, le même aspect phénotypique. Elles seront alors réparties en lots de cinq ou six individus, aussi homogènes que possible. Le premier de ces lots sera traité avec de l’eau, de façon à ne pas modifier l’équilibre hormonal naturel de ces plantes ( ce sera le lot témoin), les autres avec des solutions d’auxine ou de gibbérelline à des concentrations équivalentes et de plus en plus fortes. Et puis on attendra, le temps nécessaire, pour que l’effet des traitements soit visible à l’oeil nu (il vaut mieux éviter les statistiques)… En veillant bien sûr à ce que toutes ces plantes bénéficient des mêmes conditions de milieu.
En fin d’expérience, on prendra des photos, et on prélèvera séparément les feuilles et les racines de chaque lot pour analyser… pour analyser quoi? On verra bien. De toutes façons, que l’hypothèse soit juste ou fausse, l’évolution des plantes témoins traduira ce qui se serait normalement passé dans toutes ces plantes aussi bien au niveau du métabolisme fondamental (activité des gènes, synthèse des ARN et des enzymes) qu’au niveau du métabolisme intermédiaire (synthèse et dégradation des sucres, des graisses, des protéines) ou de l’aspect phénotypique des plantes (croissance, différenciation, reproduction etc). Et alors de deux choses l’une:
- L’HYPOTHESE EST JUSTE : Les auxines et les gibbérellines agissent réellement au niveau des groupes AT et GC de l’ADN, contrôlant ainsi la synthèse des enzymes.
- Tout ce qui se passe dans les plantes témoins en cours d’expérience est donc lié à l’évolution d’un équilibre auxines/ gibbérellines endogène complexe.
- Les différents traitements modifient donc cet équilibre naturel en faveur des auxines ou des gibbérellines, d’autant plus fortement que la dose utilisée est plus importante.
- Et les résultats obtenus vont nécessairement démontrer que, lorsqu’un traitement à l’auxine fait « blanc », un traitement à la gibbérelline fait « noir », le phénomène devant être d’autant plus marqué que la dose utilisée est plus importante.
- L’HYPOTHESE EST FAUSSE : Auxines et gibbérellines n’agissent pas au niveau des groupes adénine/thymine et guanine/cytosine de l’ADN. Ce qui se passe dans les plantes témoins n’est pas lié à l’évolution d’un équilibre auxines/gibbérellines endogène. Il faudrait un miracle pour que les résultats obtenus correspondent aux résultats escomptés.
Reste le choix du matériel. Papy n’a pas de préférences. Si l’hypothèse est juste, elle doit se vérifier dans tous les cas et toutes les conditions. C’est donc le directeur du laboratoire qui décide. Ce sera la variété de tomate Supermarmande, sensible à la fusariose, dont il peut obtenir des graines sélectionnées et homogènes, et une souche sauvage de Fusarium lycopersici, champignon pathogène responsable de la fusariose de la tomate. On est dans un laboratoire de physiopathologie végétale. Ce n’est donc pas au niveau de la croissance que l’hypothèse sera vérifiée, mais au niveau de l’évolution des relations hôte/parasite.